Bas-fonds

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Bas-fonds

Message par Admin le Lun 21 Juin - 21:44

Et voici le prologue... (ajout de ces derniers jours pour expliquer certaines choses).


Prologue

Bertioga, Brésil - 1979

— Monsieur Gerhard !, claironne le médecin en pénétrant dans la salle d’attente littéralement bondée de monde. « C’est à nous. Si vous voulez bien me suivre. »
L’homme, dont il vient de héler le nom, redresse la tête, se lève avec difficulté puis lui emboîte le pas en claudiquant.

Le bureau est minuscule et l’air, d’une moiteur désagréable malgré l’action du puissant ventilateur posé sur la table en bois, leur brûle les poumons.
« Maudite chaleur… Un mois que cela dure ! Ça ne va jamais s’arrêter ? »
— Il faut laisser le temps à votre organisme de s’adapter. Moi, ça m’a pris plus de dix ans. Vous finirez bien par vous y faire vous aussi.
— Ouais… Certainement! Mais je vous en prie, asseyez-vous.

Avec docilité, le vieillard s’installe dans l’un des fauteuils en rotin qui meublent la pièce puis fixe le thérapeute. L’homme, stressé de toute évidence, tripote sa moustache encore bien entretenue, entremêlant les longs poils blancs.
« Alors, comment vous sentez-vous depuis la semaine dernière ? »
— Pas vraiment mieux. Ces maudits maux de tête ne faiblissent pas. Je dirai même qu’ils s’amplifient.
Le médecin acquiesce puis le détaille avec une certaine empathie.
S’il l’a fait venir, c’est pour lui parler des résultats des prélèvements qu’il a pratiqués la semaine dernière et ils sont mauvais. Très mauvais. Il est condamné. Deux mois, tout au plus. Une tumeur inopérable et profondément localisée dans le cortex cérébral.
Malgré son envie de se débarrasser au plus vite de ce fardeau, il s’efforce d’y mettre les formes.
— Wolfgang. Je vous suis depuis combien d’années ?
— Un sacré bout de temps !, lâche le vieil homme en clignant de l’œil. Vous commencez par bien nous connaître moi et mes petits bobos.
— C’est que…
Il s’arrête, cherchant ses mots.
« Ce ne sont pas des petits bobos »
— Je sais !, répond-il en haussant les épaules. Combien de temps ?
Le médecin soupire.
— Un mois. Peut-être deux, si la progression n’est pas trop rapide.
Le vieillard se redresse sur son siège puis lui adresse un petit sourire. Un sourire contrastant avec l’annonce qu’il vient de faire.
— Doc, ne faites pas cette tête. La mort est un passage obligé. Je me suis préparé à ce moment depuis des années et aujourd’hui, je suis prêt. L’heure de ma libération approche.
— Mais je…
— C’est mieux ainsi, je vous assure. J’ai eu une vie bien remplie. Une très belle vie et puis, je n’en peux plus de souffrir.
Le médecin marque un temps d’arrêt puis reprend l’initiative, l’invitant à se dévêtir.
— Allez, venez vous allonger sur la table. On va regarder tout ça.
— À quoi bon !
— Je…
— Robert, arrêtez toutes ces simagrées. Vous ne pouvez rien faire contre le mal qui me ronge et moi non plus. Nous perdons notre temps.
— Wolf…
Il l’interrompt une nouvelle fois, posant son index sur ses lèvres desséchées.
— Taisez-vous et écoutez-moi.
— Mais je…
— Avant de partir et pour vous remercier de votre abnégation, j’aimerais vous faire partager quelque chose.
— Partager quelque ch…
— Vous savez qui je suis ?
— Euh… Oui, évidemment, répond le médecin, surpris par la question. Vous êtes Wolfgang Gerhard.
Il étire un large sourire.
— Ça, c’est ma deuxième identité.
Encore plus étonné, le thérapeute fronce les sourcils.
— Qu’est-ce que…
L’homme continue :
— Avez-vous déjà entendu parler du bloc 10 ?
— Non. De quoi s’agit-il ?
— Auschwitz-Birkenau, ça vous dit quelque chose ?
— Oui… Oui, bien sûr. Mais… quel est le rapport ?
— Mon vrai nom est Joseph Mengele et le bloc 10 abritait mon laboratoire.
— Mengele ! Le… le docteur de la mort ?
Il confirme d’un hochement de tête.
— C’est comme cela qu’on m’appelait en effet.
— Mais…
— J’ai dû changer de nom. J’ai dû quitter mon pays. L’exile ! Plus de trente ans que cela dure. C’était difficile mais je ne regrette rien. Dix ans à servir le 3e Reich. Ils m’ont donné l’opportunité de pouvoir mener mes travaux.
— Vos travaux ?
— Quand je suis arrivé en 43 à Auschwitz, l’expérimentation humaine était peu élaborée. Klein n’était qu’un incapable. Seulement bon à tuer ses cobayes. J’ai révolutionné les choses.
— Qu’est-ce que vous avez fait ?
— Que savez-vous des expérimentations nazies ?
— Des horreurs. Des prétextes scientifiques pour se livrer à une barbarie sans nom.
— C’est en effet ce que relatent les livres d’histoire, mais ce n’est qu’un tissu de mensonges. Enfin, dans mon cas.
— Mais, l’épuration ethnique. Les chambres à gaz…
— C’était une façon de couvrir mes arrières. Hitler et Himmler voulaient faire vite. Je leur ai donné ce qu’ils voulaient. Pendant ce temps, ils me foutaient la paix.
— Mais…
— Le plus important, c’est que pendant cette période, j’ai découvert quelque chose d’extraordinaire. Une chose qui a révolutionné ma vie.
— Que…
— Et ce secret, je vais vous le livrer. Je me dois de le transmettre avant de mourir. À vous de vous en servir à bon escient, de réaliser ce que je n’ai pas eu le temps de concrétiser. Vous êtes prometteur. Vos études de psychiatrie vous aideront.
— Vous délirez !
— Non, Robert. C’est la pure vérité. Venez me voir ce soir, je vous montrerai.
— Je ne…
— Je ne tolérerai pas un refus !, gronda le septuagénaire en plantant ses yeux bleu azur dans ceux du praticien.
Malgré son âge et son état physique déplorable, l’homme garde un pouvoir de persuasion impressionnant.
— Très bien. Je viendrai.
— Mais en contrepartie de ce cadeau inestimable, je veux que vous me libériez de mon carcan terrestre. Je veux qu’à l’aube, mon âme ait rejoint le firmament.
— Je… Wolfgang, je ne peux pas faire ça. L’éthique ne…
— Quand vous connaitrez la nature de mon secret, je vous promets que vous n’hésiterez pas une seconde à faire ce que je vous demande.
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Re: Bas-fonds

Message par rossonere le Lun 21 Juin - 22:00

bien sympa ce petit prologue
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Re: Bas-fonds

Message par Marco le Mar 22 Juin - 8:36

Hmmmm... voilà qui replace Bas-fonds dans une perspective bien intéressante. Je me demande quelle sauce tu as ajoutée Smile En tout cas, l'idée me semble très bonne !
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Re: Bas-fonds

Message par Admin le Jeu 24 Juin - 14:09

Voici les premières pages de Bas-fonds remasterisées par votre serviteur, histoire d'inclure un élément très important dans l'histoire. Bonne lecture les amis et n'hésitez pas à me donner des axes d'amélioration.


Prologue

Bertioga, Brésil - 1979

— Monsieur Gerhard !, claironne le médecin en pénétrant dans la salle d’attente littéralement bondée de monde. « C’est à nous. Si vous voulez bien me suivre. »
L’homme, dont il vient de héler le nom, redresse la tête, se lève avec difficulté puis lui emboîte le pas en claudiquant.

Le bureau est minuscule et l’air, d’une moiteur désagréable malgré l’action du puissant ventilateur posé sur la table en bois, leur brûle les poumons.
« Maudite chaleur… Un mois que cela dure ! Ça ne va jamais s’arrêter ? »
— Il faut laisser le temps à votre organisme de s’adapter. Moi, ça m’a pris plus de dix ans. Vous finirez bien par vous y faire vous aussi.
— Ouais… Certainement! Mais je vous en prie, asseyez-vous.

Avec docilité, le vieillard s’installe dans l’un des fauteuils en rotin qui meublent la pièce puis fixe le thérapeute. L’homme, stressé de toute évidence, tripote sa moustache encore bien entretenue, entremêlant les longs poils blancs.
« Alors, comment vous sentez-vous depuis la semaine dernière ? »
— Pas vraiment mieux. Ces maudits maux de tête ne faiblissent pas. Je dirai même qu’ils s’amplifient.
Le médecin acquiesce puis le détaille avec une certaine empathie.
S’il l’a fait venir, c’est pour lui parler des résultats des prélèvements qu’il a pratiqués la semaine dernière et ils sont mauvais. Très mauvais. Il est condamné. Deux mois, tout au plus. Une tumeur inopérable et profondément localisée dans le cortex cérébral.
Malgré son envie de se débarrasser au plus vite de ce fardeau, il s’efforce d’y mettre les formes.
— Wolfgang. Je vous suis depuis combien d’années ?
— Un sacré bout de temps !, lâche le vieil homme en clignant de l’œil. Vous commencez par bien nous connaître moi et mes petits bobos.
— C’est que…
Il s’arrête, cherchant ses mots.
« Ce ne sont pas des petits bobos »
— Je sais !, répond-il en haussant les épaules. Combien de temps ?
Le médecin soupire.
— Un mois. Peut-être deux, si la progression n’est pas trop rapide.
Le vieillard se redresse sur son siège puis lui adresse un petit sourire. Un sourire contrastant avec l’annonce qu’il vient de faire.
— Doc, ne faites pas cette tête. La mort est un passage obligé. Je me suis préparé à ce moment depuis des années et aujourd’hui, je suis prêt. L’heure de ma libération approche.
— Mais je…
— C’est mieux ainsi, je vous assure. J’ai eu une vie bien remplie. Une très belle vie et puis, je n’en peux plus de souffrir.
Le médecin marque un temps d’arrêt puis reprend l’initiative, l’invitant à se dévêtir.
— Allez, venez vous allonger sur la table. On va regarder tout ça.
— À quoi bon !
— Je…
— Robert, arrêtez toutes ces simagrées. Vous ne pouvez rien faire contre le mal qui me ronge et moi non plus. Nous perdons notre temps.
— Wolf…
Il l’interrompt une nouvelle fois, posant son index sur ses lèvres desséchées.
— Taisez-vous et écoutez-moi.
— Mais je…
— Avant de partir et pour vous remercier de votre abnégation, j’aimerais vous faire partager quelque chose.
— Partager quelque ch…
— Vous savez qui je suis ?
— Euh… Oui, évidemment, répond le médecin, surpris par la question. Vous êtes Wolfgang Gerhard.
Il étire un large sourire.
— Ça, c’est ma deuxième identité.
Encore plus étonné, le thérapeute fronce les sourcils.
— Qu’est-ce que…
L’homme continue :
— Avez-vous déjà entendu parler du bloc 10 ?
— Non. De quoi s’agit-il ?
— Auschwitz-Birkenau, ça vous dit quelque chose ?
— Oui… Oui, bien sûr. Mais… quel est le rapport ?
— Mon vrai nom est Joseph Mengele et le bloc 10 abritait mon laboratoire.
— Mengele ! Le… le docteur de la mort ?
Il confirme d’un hochement de tête.
— C’est comme cela qu’on m’appelait en effet.
— Mais…
— J’ai dû changer de nom. J’ai dû quitter mon pays. L’exil ! Plus de trente ans que cela dure. C’était difficile mais je ne regrette rien. Dix ans à servir le 3e Reich. Ils m’ont donné l’opportunité de pouvoir mener mes travaux.
— Vos travaux ?
— Quand je suis arrivé en 43 à Auschwitz, l’expérimentation humaine était peu élaborée. Klein n’était qu’un incapable. Seulement bon à tuer ses cobayes. J’ai révolutionné les choses.
— Qu’est-ce que vous avez fait ?
— Que savez-vous des expérimentations nazies ?
— Des horreurs. Des prétextes scientifiques pour se livrer à une barbarie sans nom.
— C’est en effet ce que relatent les livres d’histoire, mais ce n’est qu’un tissu de mensonges. Enfin, dans mon cas.
— Mais, l’épuration ethnique. Les chambres à gaz…
— C’était une façon de couvrir mes arrières. Hitler et Himmler voulaient faire vite. Je leur ai donné ce qu’ils voulaient. Pendant ce temps, ils me foutaient la paix.
— Mais…
— Le plus important, c’est que pendant cette période, j’ai découvert quelque chose d’extraordinaire. Une chose qui a révolutionné ma vie.
— Que…
— Et ce secret, je vais vous le livrer. Je me dois de le transmettre avant de mourir. À vous de vous en servir à bon escient, de réaliser ce que je n’ai pas eu le temps de concrétiser. Vous êtes prometteur. Vos études de psychiatrie vous aideront.
— Vous délirez !
— Non, Robert. C’est la pure vérité. Venez me voir ce soir, je vous montrerai.
— Je ne…
— Je ne tolérerai pas un refus !, gronda le septuagénaire en plantant ses yeux bleu azur dans ceux du praticien.
Malgré son âge et son état physique déplorable, l’homme garde un pouvoir de persuasion impressionnant.
— Très bien. Je viendrai.
— Mais en contrepartie de ce cadeau inestimable, je veux que vous me libériez de mon carcan terrestre. Je veux qu’à l’aube, mon âme ait rejoint le firmament.
— Je… Wolfgang, je ne peux pas faire ça. L’éthique ne…
— Quand vous connaitrez la nature de mon secret, je vous promets que vous n’hésiterez pas une seconde à faire ce que je vous demande.

*

Un an plus tard

— Ta gueule, morveux !, hurle le géant alors qu’il tire la femme par les cheveux. TU LA FERMES ET TU REGARDES !!!

L’adolescent est terrifié.
Assommé par un coup de poing, il s’évertue à ramper pour se mettre à l’abri.
Autour de lui, c’est le chaos.
Du sang recouvre les murs et détrempe le sol.
Ce sang, c’est celui de son père et de sa jeune sœur que le monstre a égorgés sous ses yeux quelques minutes plus tôt. Tout s’est passé si rapidement que personne n’a eu le temps ni de comprendre ni de réagir. Le mal s’est insinué d’un seul coup dans la maison, semant la mort comme une traînée de poudre.

La femme est catapultée sur la table.
Son mat. Crâne contre le bois. Craquement osseux.

« Allez salope, écarte les jambes ! On va montrer au petit comment on fait avec les putes dans ton genre ! »

À moitié groggy, elle focalise toute son énergie pour s’extraire de la prise, mais le poids de l’agresseur l’empêche de bouger.
Il arrache la culotte, déchire la chemise de nuit puis pose ses mains calleuses sur la peau blanche et satinée.
Sa mère… Sa mère va se faire violer. Il n’a que 14 ans et il ne peut rien faire contre ça.

Mon Dieu, pitié… Faites que ce soit un cauchemar. Faites que je me réveille.

Mais Dieu a décidé de ne pas lever le petit doigt.
Ce n’est pas un rêve, mais bien la réalité. L’homme continue de plus belle, caressant la peau de sa génitrice, léchant la poitrine qui l’a nourri. Déjà le pantalon du bleu de travail pend aux genoux du violeur. Son sexe, dressé comme une tour, se dirige inexorablement vers l’entrejambe de la femme qui l’a mis au monde.

Pitié…

Malgré la douleur et la peur, le jeune garçon se déplace lentement. L’homme, totalement concentré sur le corps offert devant lui, ne le surveille plus.
Il hésite. Doit-il fuir et chercher de l’aide ou se battre contre cet animal ?
Il secoue la tête en pleurant. Il ne se résout pas à partir et à l’abandonner. Mais a-t-il le choix ? L’homme a trop de force. Il le sait. Il ne fera de lui qu’une bouchée. S’il veut la sauver, il n’a pas d’autre solution.

« Tu vas crever, pouffiasse ! Mais avant, je vais jouir… T’entends ? Ton con va recueillir ma semence. »

Il hésite à nouveau puis lance un regard vide dans la direction de la table de la cuisine. La scène est insoutenable. Elle restera gravée à jamais dans sa mémoire.
L’homme est maintenant emboîté, basculant le bassin. Des coups de boutoir réguliers et rapides tout en poussant des grognements de chien.
Il vient de se saisir d’un couteau. Un immense couteau à désosser. Il le laisse glisser sur la gorge offerte.

« Ouais… Ouais… Ouais… Oh putain, c’est bon ! »

Le garçon est désemparé. Des larmes inondent ses yeux. Il doit s’enfuir et trouver des secours avant l’irrémédiable.

« Ouais… Je viens… Vas-y, sale pute… Vas-y, prend ça ! »

Rassemblant tout son courage et toutes ses forces, il se relève et se rue dans le couloir d’entrée de la maison.
Alors qu’il atteint la porte et que sa main se pose sur la poignée, les cris de sa mère s’arrêtent et laissent place à des gargouillis ignobles.

*

Flashs intenses…
Lumières artificielles qui lui brûlent les yeux.
Mouvements de paupières.
Du blanc, partout. Il émerge enfin de sa torpeur. Les images que ses rétines absorbent comme une éponge ressemblent à celles d’un kaléidoscope.
Il est étendu à même une table de contention, poings et pieds liés.
Des voix caverneuses résonnent dans ses tympans.
— Il reprend ses esprits, Docteur.
— Il faut le préparer. Il n’est pas prêt à assumer le monde réel. Le traumatisme est trop important.
Je cligne des yeux. Autour de moi, tout s’agite. Bordel, mais qu’est-ce qu’ils font… Je dois… Je dois les empêcher d’agir. Vite !
J’essaye de bouger, mais je ne contrôle rien.
— Docteur, on a une activité cérébrale intense !
— OK. Il faut pratiquer l’injection. Cinq millilitres de Clozapine.
Je sens la morsure de l’acier et la brûlure du venin qui pénètre mon corps. Le liquide m’embrase les veines. Je sombre… Ma voix me semble lointaine… Si lointaine.

Merde… Je sens que je pars. Je suis en train de mourir… Refoulé à jamais.
Laissez-moi tranquille…
Je vais… vais vous tuer. Tous !!!


1.


Salle aseptisée.
Pénombre déchirée par une lueur lunaire filtrant à travers le fenestron.
La machine, posée sur la desserte à côté du corps, bourdonne déjà, attendant de pouvoir délivrer son énergie.
L’homme en blouse immaculée est parfaitement concentré sur sa tâche et opère avec lenteur et précision. Aidé de son assistant, il contrôle le bon déroulement des opérations préparatoires.
C’est la troisième séance. La plus importante, mais aussi la plus délicate, selon le protocole. C’est celle qui permettra ou non une imprégnation en profondeur du sujet.

Il détache son regard des cadrans lumineux énigmatiques et se focalise sur le pantin de cire allongé sur la table de contention. Immobile et parfaitement entravé, il est d’une pâleur effrayante. On pourrait penser qu’il est mort si l’écho de son rythme cardiaque n’était pas renvoyé par le haut-parleur de la machine.

— C’est bon ! Tous les paramètres sont au vert, lâche soudainement l’homme de petite taille qui vient d’enclencher le cinquième interrupteur.
— Très bien. On va y aller. Vous êtes prêt ?
— Oui, Docteur.

Les deux hommes sont sur le qui-vive. Ils le savent : tout se joue maintenant. La plupart des tentatives avortées l’ont été à ce moment précis.
Faites que cela marche… Bon Dieu, faites que cela marche.
Le médecin s’assure une dernière fois du bon fonctionnement du dispositif puis soupire avant de donner le signal de départ.
— C’est parti ! Lancez la séquence numéro 1.

Avec détermination, le disciple abaisse le premier levier dans un raclement de métal, libérant par là même la première salve énergétique.
Tremblements…
30 secondes.
— Séquence 2, maintenant.
Le deuxième levier prend à son tour une position horizontale.
Étincelles. Odeur de brûlé. Le corps entre en fibrillation.
L’homme a les yeux rivés sur le chronomètre. 45 secondes, maximum. Pas plus. Les dommages seraient irréversibles.
Les deux hommes sont sous tension.
Alors que de la vapeur d’eau commence à se matérialiser, le temps s’écoule à une vitesse d’escargot.
Soudain, il rugit :
— STOP !!!!
Vingt secondes de répit puis il remet ça.
« Séquence 3 ».

Cette fois, ce sont les trois derniers leviers qui sont activés.
Des éclairs bleutés zèbrent l’obscurité. C’est le bouquet final. L’instant qui précède le succès ou l’échec. Une minute de combustion, incroyable : intense, olfactive et remplie d’espérance.

Deux minutes plus tard, ils détachent le corps encore fumant. Le sujet a résisté au traitement, mais il reste à vérifier si les séquelles infligées ne seront pas trop importantes, compromettant le pronostic vital.



2.

Décembre 1987

— Téléphone !, hurle la jeune femme qui sort en trombe de la cuisine.
Affublée d’un tablier « Vous parlez au chef », elle s’avance vers son compagnon avachi depuis plus d’une demi-heure dans le sofa.
L’homme, la vingtaine à peine entamée, repose le journal sportif qu’il dévore depuis qu’il est rentré puis tourne la tête dans sa direction.
— C’est qui ?
— J’en sais rien. Il ne s’est pas présenté. Peut-être les nouvelles que tu attends, répond-elle en couvrant le micro avec la paume de sa main.
Il acquiesce puis se lève à sa rencontre pour se saisir du combiné.
Elle enchaîne :
« T’imagines ! Et si… »
D’un geste autoritaire, il l’intime de se taire, et porte l’appareil contre sa joue.
— Allo ?
— …Grizzzzzz… Grizzzzzzz.
— Qu’est-ce que… ?
— …Grizzzzzzzzzzz… Grizzzzzzzzzzz… Grizzzzzzz.
— Allo ! Allo !
Hormis le son strident qui lui perfore les oreilles et le léger bruit de respiration qu’il perçoit en arrière-plan, personne ne répond.
Contrarié, il s’acharne à nouveau. Hurlant, cette fois-ci, dans le microphone.
— ALLO ! QUI EST LÀ ? Je… Je ne vous entends pas !
— …Grizzzzzz… Grizzzzzzz.
Il s’entête encore une poignée de secondes puis finit par raccrocher, profondément agacé.
— Maudit téléphone !
La jeune femme, qui était retournée à la cuisine pour éviter au rôti de brûler, ressort précipitamment la tête du chambranle.
— Que s’est-il passé ?
— J’en sais rien. Impossible d’entendre quoi que ce soit !
— Comment ça ?
— Rien, à part des foutus grésillements.
— Ah bon ! Pourtant la ligne était de bonne qualité quand j’ai décroché.
— Comment était sa voix ?
— Pardon ?!
— Il t’a bien parlé avant que tu me le passes, non ?
— Ha ! Oui… effectivement. Sa voix… elle était assez grave.
— Merde !
Elle le fixe avec une certaine anxiété. L’homme n’a pas l’air dans son état normal.
— Ça va ?
— Non, ça ne va pas !, répond-il du tac au tac.
— Hé ! Qu’est-ce qui t’arrive ? Ce n’est pas la peine de te mettre dans un état pareil. Il va rappeler.
— FAIT CHIER !
— Je t’en prie ! Calme-toi. Tu pensais que c’était la préfecture, c’est ça ?
— J’en sais rien ! Peut-être… Ça me stresse cette connerie…
— Voyons, ne sois pas ridicule. Je te dis qu’il rappellera. Et puis, je suis confiante. Je suis persuadée que tu as réussi le concours. Tu verras, on fêtera ça ce soir autour d’une flute de champagne.
— Tu parles !
Elle le fixe, désorientée. Il est véritablement en colère. Ses yeux brillent d’une clarté inhabituelle. Son attitude est dépourvue de sens.
— Allez, poussin. Décompresse.
— Non ! Je… Je… Et puis merde !, balbutie-t-il. Je vais prendre l’air. J’ai besoin de me changer les idées.
La jeune femme le dévisage, stupéfaite.
C’est vrai qu’il était stressé ces derniers temps, mais de là à péter un plomb pour de la friture sur la ligne, ça dépasse l’entendement.
— Bon ! Si ça peut te faire du bien, va faire un tour.
Il se lève, la regarde avec une agressivité incompréhensible, prend les clés de l’appartement puis ouvre la porte.
« Et s’il rappelle, qu’est-ce que je lui dis ? »
— Qu’il aille se faire foutre.
— Quoi ?!
— Qu’il aille se faire foutre !
Ahurie, elle entend la porte claquer puis le bruit de pas rapides dans l’escalier.



Dernière édition par Admin le Jeu 24 Juin - 15:03, édité 2 fois
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Re: Bas-fonds

Message par rossonere le Jeu 24 Juin - 14:23

interressantes ces modifs...
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comment se procurer le livre bas fond

Message par hienghene55 le Sam 12 Mar - 0:35

bonsoir
il y a sur lyon la 7ième édition du quai du polar, j'habite dans l'est et je ne pourrais etre présente, je souhaite pouvoir acheter le roman, car ça fait plus d'un an que j'attends les sorties de vos livres, comment faire pour l'acheter?
merci par avance pour votre réponse.
à très bientot
aline

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Re: Bas-fonds

Message par Admin le Sam 12 Mar - 0:53

Bonsoir Aline,
C'est possible d'acheter le roman.
Je vous envoie un MP pour vous indiquer la démarche.
Amicalement.
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Re: Bas-fonds

Message par Mag le Mar 5 Avr - 20:22

Comme promis j'ai lu "Bas -Fonds " en revenant des Quais. Déjà je trouve que le fait que ce soit toi qui l'édite, le livre au toucher est plus agréable, l'aspect, la cover, c'est différent et bien mieux.
Ensuite, si au début j'ai eu un peu de mal avec l'utilisation du JE, j'ai vite trouvé mes repères car je commence à être habituée à ton écriture que je trouve encore plus aboutie dans cet opus. J'aime le gore donc certaines scènes ne m'ont pas dérangées plus que ça, il me semble qu'il y en a moins que dans les autres ce qui laisse plus de place pour l'intrigue et les personnages. C'est quand le suivant ? lol !

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Re: Bas-fonds

Message par Admin le Mar 5 Avr - 20:37

Merci Mag pour ce petit retour.
Heureux que tu l'aies aimé.
Pas assez de gore alors Wink Il va falloir que j'en écrive un spécialement pour toi.
Pire que l'AM... Un truc de ouf à la Sénécal ! Alyss ne sera qu'un compte pour enfant !
Pour info, Bria a ajouté à la base Bas-fonds. Un grand merci à elle.
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Re: Bas-fonds

Message par Mag le Mar 5 Avr - 20:39

Faut pas qu'il y en ai trop non plus, comme ça c'était bien je trouve...hum ouais "Alyss" ça va être dur de faire un truc aussi déjanté ! lol ! mais pourquoi pas.. Very Happy

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Re: Bas-fonds

Message par rossonere le Mar 5 Avr - 22:25

c'est un défi...
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Re: Bas-fonds

Message par scarabe le Mer 6 Avr - 9:38

Je viens de le finir aussi. J'ai laissé un MP sur FB à Gilles pour lui en parler mais je peux faire part de mes commentaires ici aussi. J'ai bien aimé la construction du roman et ses retours en arrière pour revenir au récit ensuite.
Les 100 premières pages vont à 100 à l'heure, j'ai été scotché par l'action et les scènes violentes qui s'y déroulent. Par moments, je me suis inquiété en pensant que le roman allait être "too much" et virer dans le déglingué complet mais en fait, Gilles s'est bien tenu et la sauce prend. Les personnages sont très bons, on exècre le tueur et on souffre avec Demars ou Radichen.
Bref, j'ai bien aimé.

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Re: Bas-fonds

Message par Mag le Mer 6 Avr - 17:51

rossonere a écrit:c'est un défi...

et je suis sûre que Gilles le relèvera Very Happy
sinon Valery a bien et mieux résumé le fond de mon ressenti sur Bas-Fonds mais nous sommes d'accord Very Happy

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Re: Bas-fonds

Message par scarabe le Mer 6 Avr - 18:14

Merci Laughing

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Re: Bas-fonds

Message par Admin le Dim 10 Avr - 13:52

Je pensais au petit chaperon rouge Wink Y a des choses à faire et sa rencontre avec le grand... mais alors très grand... méchant loup lui laissera des séquelles qu'elle n'est très loin d'oublier.
Merci Valery pour le retour Wink
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Re: Bas-fonds

Message par Admin le Dim 10 Avr - 15:46

Forêt d'Yssengeau.
Découverte macabre. Un corps de femme à moitié dévorée et amputée.
3 adolescents perdus dans ce piège de verdure.
Une cabane abandonnée au fond des bois.
Dehors, l'hiver. Un vent effrayant bruissant dans les branches.
Il pensaient avoir trouvé un refuge... Il n'y trouveront que l'abominable, l'impensable.
Le loup... Le grand méchant loup existe réellement.
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